"Duchamp ne s'emploie le plus souvent qu'à former l'image d'une valeur infime. Qu'est-ce qui est assez inconsistant pour figurer au catalogue de l'infra mince ? La réflexion dépasse rarement le niveau du quantitatif. Il cherche quel corps de métier utilise des instruments pour mesurer les très petites épaisseurs ; peut-être les marchands de plaques de cuivre ? Il pense pressage, laminage, frottage, grattage, glissage, séchage, empesage, et parle de couper la fumée en tranches. Il imagine une loupe pour toucher et, bizarrement, du gruyère plombé pour dentition défectueuse, rapport inversé de creux et de pleins. Il nous apprend que les odeurs sont plus inframinces que les couleurs (on remarquera que sous sa plume la formule s'écrit en un mot comme en deux, séparés ou non par un trait d'union : inframince, infra-mince, infra mince ; et comment qualifier ces variations,ces différences ?) Il semble au passage se délecter de l'expression à fleur : En essayant de mettre une surface plane à fleur d'une autre surface plane, dit-il, on passe par des moments infra minces. Il trace des schémas. Il se livre à d'obscurs calculs de poids. Il écrit enfin que l'infra mince peut conduire d'une dimension dans une autre. C'est de la science-fiction au sens propre, une fiction de science, ou alors une science véritablement infra mince, sans épaisseur ni débouché. De sorte que nous devons nous contenter de ce peu : Morceau d'étoffe gorge-de-pigeon acheté à Grenoble, satin changeant : ses moirures, dit Duchamp, offrent un aperçu d'infra mince visible. Le velours côtelé d'un pantalon émet un léger bruit par frottement des deux jambes dans la marche : infra mince auditif. Et quand la fumée de tabac sent aussi de la bouche qui l'exhale, les deux odeurs s'épousent par infra mince : infra mince olfactif. Lorsque Duchamp affirme que la chaleur d'un siège qui vient d'être quitté est infra mince, on pense naturellement à un infra mince thermique, mais lui-même ne le dit pas, et pour cause, un ou deux degrés centigrades ne sont pas une quantité négligeable. Ce n'est donc sans doute pas la chaleur en soi qui est en cause dans ce cas, mais cette chaleur en tant que résidu fantomatique d'une présence humaine. La même idée revient dans une autre note où il est question d'un pantalon porté et très marqué de plis, donnant une impression sculpturale de l'individu à qui il a servi. Duchamp écrit: Moules en plis, et parle d'y adapter l'infra mince gorge-de-pigeon, du morceau d'étoffe dont il était question plus haut, sans préciser, hélas, comment ni à quelle fin."
Orchidée fixe de Serge Bramly édité par Jean Claude Lattès 2012.( pages246 et 247)
incroyable richesse dans ce tableau ! la douceur, cupidon, l'amour, couleurs tendres, pommes seins... le côté zigzag, douleur,morsures, pointes acérées,et les pneus qui vont crever s'il ne s'en échappe pas ! ce n'est qu'un ressenti au premier regard ! étonnant vraiment j'aime les peintures qui m'interpellent et me parlent ! j'aime aussi la fumée coupée en tranches !! et j'imagine la trace inframince de poudre laissée par les ailes de l'ange sur le corps nu ! happy weekend l'artiste
Ah, cet infra mince, géniale trouvaille de Marcle Duchamp. Je passe in fretta comme on dit en italien...week-end chargé, c'est comme ça. A bientôt Marty!
C'est votre impression Frederique? Cela évoque pour moi le minimum qui rend le maximum..Mais là, je vous l'accorde ces deux mots ne sont vraiment pas beaux ni phonétiquement ni orthographiquement! :)
Diable et mince alors
RépondreSupprimerQuelques explications peut-être, sur l'inframince?
C'est en lisant ce roman tout récemment paru...
Supprimer"Duchamp ne s'emploie le plus souvent qu'à former l'image d'une valeur infime. Qu'est-ce qui est assez inconsistant pour figurer au catalogue de l'infra mince ? La réflexion dépasse rarement le niveau du quantitatif. Il cherche quel corps de métier utilise des instruments pour mesurer les très petites épaisseurs ; peut-être les marchands de plaques de cuivre ? Il pense pressage, laminage, frottage, grattage, glissage, séchage, empesage, et parle de couper la fumée en tranches. Il imagine une loupe pour toucher et, bizarrement, du gruyère plombé pour dentition défectueuse, rapport inversé de creux et de pleins. Il nous apprend que les odeurs sont plus inframinces que les couleurs (on remarquera que sous sa plume la formule s'écrit en un mot comme en deux, séparés ou non par un trait d'union : inframince, infra-mince, infra mince ; et comment qualifier ces variations,ces différences ?) Il semble au passage se délecter de l'expression à fleur : En essayant de mettre une surface plane à fleur d'une autre
surface plane, dit-il, on passe par des moments infra minces. Il trace des schémas. Il se livre à d'obscurs calculs de poids. Il écrit enfin que l'infra mince peut conduire d'une dimension dans une autre.
C'est de la science-fiction au sens propre, une fiction de science, ou alors une science véritablement infra mince, sans épaisseur ni débouché.
De sorte que nous devons nous contenter de ce peu :
Morceau d'étoffe gorge-de-pigeon acheté à Grenoble, satin changeant : ses moirures, dit Duchamp, offrent un aperçu d'infra mince visible. Le velours côtelé d'un pantalon émet un léger bruit par frottement des deux jambes dans la marche : infra mince auditif. Et quand la fumée de tabac sent aussi de la bouche qui l'exhale, les deux odeurs s'épousent par infra mince : infra mince olfactif.
Lorsque Duchamp affirme que la chaleur d'un siège qui vient d'être quitté est infra mince, on pense naturellement à un infra mince thermique, mais lui-même ne le dit pas, et pour cause, un ou deux degrés centigrades ne sont pas une quantité négligeable. Ce n'est donc sans doute pas la chaleur en soi qui est en cause dans ce cas, mais cette chaleur en tant que résidu fantomatique d'une présence humaine. La même idée revient dans une autre note où il est question d'un pantalon porté et très marqué de plis, donnant une impression sculpturale de l'individu à qui il a servi. Duchamp écrit: Moules en plis, et parle d'y adapter l'infra mince gorge-de-pigeon, du morceau d'étoffe dont il était question plus haut, sans préciser, hélas,
comment ni à quelle fin."
Orchidée fixe de Serge Bramly édité par Jean Claude Lattès 2012.( pages246 et 247)
Bonjour,
RépondreSupprimerso much dangers for the human - apples, sharks...
And a bicycle - for the road to exit.
have a nice day
greetings
Megi
I like the manner you red this picture Megi!
SupprimerA big hello to you!
incroyable richesse dans ce tableau ! la douceur, cupidon, l'amour, couleurs tendres, pommes seins... le côté zigzag, douleur,morsures, pointes acérées,et les pneus qui vont crever s'il ne s'en échappe pas !
RépondreSupprimerce n'est qu'un ressenti au premier regard ! étonnant vraiment
j'aime les peintures qui m'interpellent et me parlent !
j'aime aussi la fumée coupée en tranches !!
et j'imagine la trace inframince de poudre laissée par les ailes de l'ange sur le corps nu !
happy weekend l'artiste
Ah, cet infra mince, géniale trouvaille de Marcle Duchamp.
SupprimerJe passe in fretta comme on dit en italien...week-end chargé, c'est comme ça.
A bientôt Marty!
Le mot, le terme n'est pas beau, ni phonétiquement, ni orthographiquement. Par contre, le visuel est de toute beauté.
RépondreSupprimerC'est votre impression Frederique?
SupprimerCela évoque pour moi le minimum qui rend le maximum..Mais là, je vous l'accorde ces deux mots ne sont vraiment pas beaux ni phonétiquement ni orthographiquement!
:)